Passion tango (errance amoureuse 3)

Je me répète: “Elise, Elisa, qu’as-tu fait de ta vie?”

Cela fait maintenant deux jours que je suis partie comme une voleuse, que j’ai pris le train pour tout oublier. Ne pas laisser de trace derrière soi..

J’ai marché lentement dans les rues de la ville, sans rien voir, sans que rien ne me touche… J’use mes talons désormais inutiles sur les vieux pavés. Les enseignes illuminées, les autres piétons, les couples qui s’enlacent mais là je détourne les yeux. La petite gare dont je suis sortie, un hôtel. .. Non, ce ne sera pas l’Hôtel Terminus, ce serait trop cliché, ce sera l’autre, L’Hôtel de la Gare.

Petit hôtel ancien, donc, qui ne paie pas de mine. Je demande une chambre au réceptionniste, un jeune homme boutonneux, à peine sorti de l’adolescence.

“-Une chambre simple ou double?

-Une chambre simple.”

Il me tend les clés.

Deuxième étage, vue sur le mur d’en face. Je m’écroule toute habillée sur le lit, je ferme les yeux. Je suis si fatiguée. La rumeur de la ville me berce. Je sombre.

Je me réveille vers deux heures du matin. Un couple fait l’amour dans la chambre d’à côté ou est-ce celle du dessus? Long et doux gémissement. Je ne veux pas les entendre.

Nous nous étions rencontrés à un cours de tango, une passion partagée. Toi, tu aimais ça, l’esprit tango tu l’avais dans le sang. Le tango, le refuge des divorcés, des mal aimés, des mal aimant. Des passions brutales et éphémères. On dit qu’on connait un homme à sa façon de danser. Il y a les maladroits qui craignent de vous marcher sur les pieds, les brutes qui vous tiennent d’une poigne d’acier, les pédants qui croient tout savoir, les “vrais mâles” trop sûrs d’eux. Ceux qui sont attentifs au ressenti de la danseuse, ceux qui dansent tous seuls, ceux qui paraissent timides et se révèlent étonnamment possessifs quand ils vous serrent trop fort. Ceux qui aiment dominer les femmes et ceux qui en ont peur. Et les femmes je suppose que c’est pareil. Il y a celles qui n’acceptent pas que l’homme mène le jeu, et les autres, les timides, les passives, les soumises. Les dures, les douces, les molles, les sensuelles, les aigries…

On a écumé les stages et les festivals ensemble. Tu m’avais même promis de m’emmener un jour à Buenos Aires.

J’ai soif. Je bois un verre d’eau. Je me lève et regarde à la fenêtre. La lune est pleine. Elle ne veille plus sur moi.

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